mardi 2 février 2010

Place aux femmes

Le 10 février prochain, Hélène Guilmette et Martin Dubé seront réunis sur la scène du Palais Montcalm, salle Raoul-Jobin, lors d'un récital intitulé «Musiques de femmes». La soprano a choisi en l'occurrence des œuvres magnifiques, peu diffusées, qui ont su la charmer. Nos deux complices s'engagent ainsi à redonner à leurs compositrices la place qu'elles méritent.

Cela fait déjà quelques années qu'Hélène et Martin ne se sont pas trouvés sur une même scène et ils comptent bien profiter de l'occasion pour s'offrir une performance à la hauteur de leur talent.

Hélène admet volontiers qu'elle ne serait pas là où elle en est aujourd'hui, n'eût été des judicieux conseils de ce grand musicien et ami très cher. Son soutien indéfectible et celui de ses proches lui procurent l'équilibre nécessaire pour mener de front de nombreux projets tout aussi exigeants les uns que les autres, mais ô combien valorisants.

De l'audace!

Hélène aura consacré près de trois ans à ses recherches visant à dépoussiérer des compositions tombées dans l'oubli. Non seulement fait-elle connaître des œuvres francophones dignes de mention, mais les titres choisis ont en grande partie été composés et écrits par des femmes, qui n'ont pu bénéficier de la même attention que leurs éminents confrères. Qui a entendu parler des Augusta Holmès, Nadia Boulanger, Marguerite Canal et Cécile Chaminade? Ou Mel Bonis (1858-1937), compositrice française inspirée, forcée à se marier et abandonner ses rêves? La dame disait: «La musique, ce langage divin, traduit toute beauté, toute vérité, toute ardeur. L'objet de nos vœux éternels prend une forme.»

Figurent également au programme, des pièces de Mme Jeanne Landry de Québec qui à l'époque formait un duo avec nul autre que... le professeur de Martin à l'Université Laval. Enfin il y un intrus - lire artiste non francophone - l'Américaine Amy Beach qui constitue en quelque sorte le point de départ du projet «Musiques de femmes».

Une rumeur circule à l'effet qu'un groupe d'admirateurs des deux Magnymontois d'origine noliserait un autobus afin d'assister à l'événement. Le récital sera enregistré et rediffusé à une date ultérieure sur les ondes de Radio-Canada. Il sera en outre présenté, en partie ou en totalité, à Toulouse et à Tour au mois de mai et au Koerner Hall de Toronto, où Hélène et Martin agiront à titre de représentants du Québec lors de la Fête nationale du 24 juin.

Agenda bien rempli

Mentionnons brièvement en terminant que Munich, Nice, Amsterdam et Lyon figurent sur la feuille de route d'Hélène Guilmette pour les mois à venir et que, plus près de nous, la soprano sera de La Création de Haydn avec l'OSM et Kent Nagano au Festival de Lanaudière en août. Quant à son rôle de prédilection, Susanna dans les Noces de Figaro, elle le jouera de nouveau à l'Opéra de Montréal à l'automne 2011.

mardi 26 janvier 2010

LES ARMES DU VICE-ROI

Camille Bouchard, roman aventure 13 ans +, Éditions Hurtubise, 310 pages

Avertissement: ce livre peut contenir termes et expressions onques portés à votre attention. À la bonne heure! enrichissons notre vocabulaire. Ce n'est pas du texto... c'est pas mal plus beau.

Quand on parle d'histoires de pirates on pense tout de suite à une littérature jeunesse, mais je crois que les écrits de M. Camille Bouchard atteignent un lectorat beaucoup plus large.

Lionel Sanbourg poursuit avec ce 4e tome l'entreprise amorcée dans les volumes précédents, soit coucher sur papier ses aventures à l'époque où il était mousse sur le galion du capitaine Cape-Rouge. On devrait plutôt parler ici de ses frasques, car l'inexpérience et la naïveté de notre moussaillon - aveuglé par l'amour - lui feront commettre certains impairs qui pourraient bien leur coûter la vie, à lui et ses compères. Une chose semble toutefois jouer en leur faveur: les cannibales ne prisent pas particulièrement la chair des Blancs, trop salée à leur goût.

On sourit souvent devant les expressions pittoresques de nos bandits des mers, qu'elles traduisent un sentiment de surprise ou de colère: «Par le caleçon du Christ! jura le Jésuite qui n'en était point à son premier blasphème.»

Cette série pleine de rebondissements vous fait voyager à travers le temps et l'espace. Vous y apprenez un tas de choses sur la géographie et les mœurs de l'époque - l'auteur a beaucoup lu et voyagé - et ne pouvez que vous incliner bien bas devant une plume aussi joliment raffinée, peu importe que les termes utilisés soient toujours en usage ou non.

Le cinquième et dernier tome de la série, intitulé Trésor noir, paraîtra ce printemps.

mardi 19 janvier 2010

Carpe diem

Saisir l’occasion, Herman en a bien l’intention. Son ultime chance de bonheur s’apprête à lui filer sous le nez et il est résolu à se battre avant de laisser l’oiseau s’envoler. Comme le volatile en question se révèle passablement difficile à apprivoiser, la partie est loin d’être gagnée et notre prétendant devra se montrer tenace s’il veut parvenir à ses fins.

Herman (Normand Lévesque) est veuf depuis trois ans. Christine (Pierrette Robitaille) a perdu son mari l’année précédente. Très liés, les deux couples se fréquentaient depuis une trentaine d’années. La pièce s’ouvre sur un malentendu, rendez-vous manqué devant la tombe du disparu le premier anniversaire de sa mort - Christine et Herman n’arrivent tout simplement pas à s’entendre sur la date exacte du décès. Ce n’est que le début, ils n’en sont pas à une divergence près. Lorsque notre homme se pointe enfin chez Christine, 24 heures trop tard, celle-ci s’affaire à plier bagages. Elle quitte New York pour la Floride, éprouvant le besoin de changer d’air. Deux déménageurs (Donald Pilon et Laurent Duceppe-Deschênes) sont déjà sur place et deviennent sans le vouloir les témoins de l’intrigue qui se nouera entre ces complices de longue date.

La pièce souffre de quelques longueurs et un humour bon enfant porte ombrage à ce qui se veut une réflexion philosophique sur le deuil, l’amitié, l’amour et la sexualité des 60 ans et plus, mais le jeu des comédiens compense les faiblesses en question. L’ineffable Pierrette Robitaille est égale à elle-même – drôle et expressive à souhait - et Normand Lévesque se défend bien dans le rôle du gars près de ses sous, peu sûr de lui mais prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut. En outre il révèle ses talents de chanteur dans Sentimental Journey et de danseur en évoluant sur l’air de In the mood, l’une des meilleures scènes de la soirée.

Monique Duceppe signe la mise en scène de Un peu, beaucoup, passionnément… (Mixed Emotions) comédie romantique de Richard Baer jouée pour la première fois à Los Angeles en 1987. Cette pièce avait ensuite tenu la scène six semaines à Broadway avant d’être présentée sur le vieux continent et en Australie. Le directeur artistique Jean-Bernard Hébert en a confié la traduction à Michel Tremblay, qui a su jouer de finesse afin de transposer sans la dénaturer une histoire se déroulant sous le ciel de Manhattan il y a plus de vingt ans..

mardi 12 janvier 2010

Pas bien méchant, le nounours

On nous promettait un gros nounours ayant mis à profit trois ans d'hibernation pour se faire les griffes. Booooh! En fait d'humour acerbe on a vu pire. En tout cas me voilà à jamais guérie de ma peur des ours.

Avec ce quatrième spectacle, Mario Jean touche un peu à tout mais ne casse rien. Il attire toujours les foules, c'est un fait. Il a le sens de la répartie, certains spectateurs en ont fait les frais. Durant près de deux heures il enchaîne les numéros portant sur ses problèmes de poids, les ados, les personnes âgées aux prises avec les nouvelles technologies, Ben Laden toujours introuvable, tel un bas mystérieusement disparu dans la sécheuse... Ce n'est pas mauvais mais il y a une part de réchauffé, de prévisible.

Ce qu'on a bien aimé: quand il parle de mettre les bonnes personnes aux bonnes places. On pourrait par exemple remplacer les ambulanciers par les livreurs chez Mikes, eux qui garantissent un service rapide et sans délai. Autre brillante suggestion: pourquoi ne pas confier le système d'éducation à César, qui réussit à faire de petits miracles avec des chiens dont la cause semble sans espoir?

Ce qu'on a moins aimé (mais Mario Jean n'y est pour rien): quand une personne dans la salle commente les gags ou - pire encore - vous donne du haut de sa science le punch deux secondes avant l'humoriste. Il vous prend alors des envies de partir hiberner à votre tour.

mardi 5 janvier 2010

WAKATANKA

Roman, André Morissette, 161 pages
Les romans initiatiques comptent des milliers d’amateurs sur la planète. Grand bien leur fasse. J’estime pour ma part que s’ils recèlent d’indéniables vérités, plusieurs de ces récits font preuve d’une naïveté désolante.

Même les auteurs les mieux établis, suivis par nombre d’adeptes (on pense entre autres à Dan Millman) exploitent des clichés éculés. Le présent ouvrage ne fait pas exception.

L’auteur avait pourtant de solides bases au départ: l’analyse des rêves et la légendaire sagesse amérindienne, deux sujets aptes à soulever l’intérêt et, apparemment, tout à fait dans ses cordes. C’est malheureusement dans la forme que ça se gâte. La trame est décousue, la langue française y est malmenée et lors des dialogues, les personnages passent pour des abrutis: «- C’est quoi cette chose dont tu te souviens. - Une parole. – Une parole? – Oui. Le maître des lieux m’a dit une chose bien étrange, comme un reproche adressé à l’Homme en général. – Un reproche tu dis? – Oui. Il nous reproche de ne pas l’écouter. – Ah bon! C’est comme si tu nous disais que le «Divin» nous reproche de ne plus l’écouter, c’est ça?». Passons…

Le personnage principal, prénommé Paco, est un veuf alcoolo, asocial et jugé sévèrement par ses pairs. La transition n’est pas claire mais, du jour au lendemain, voilà notre ivrogne repenti transformé en héros juché sur un Appaloosa, paré de ses plus belles plumes et galopant allégrement vers la découverte de la vérité avec un grand V. Un destin fabuleux l’attend, il n’avait somme toute qu’à décoder ses rêves.

La reprise en main, on veut bien. L’étude des songes et la recherche du sens voilé de toute chose? Idem. Pour le reste, il ne faudrait peut-être pas charrier.

mardi 22 décembre 2009

J'ATTENDAIS QUE TU OSES UN GESTE

Claude Vallières, nouvelles, Éditions Vents d'Ouest, 146 pages

Une chose me fascine encore et toujours en littérature: quand on pense que tout a déjà été écrit et qu'à peu de choses près le destin de M. Untel vaut bien celui de Mme Unetelle, quelqu'un quelque part réussit à vous arracher une larme ou un frisson, une fois de plus.

Un préposé aux bénéficiaires vient tout juste de comprendre la motivation d'une vieille dame arpentant chaque jour à une heure précise les couloirs d'un centre hospitalier en scandant le même thème, confus, que nul autre n'a encore réussi à décoder. Résultat de cette prise de conscience: «Je me suis approché vers elle et j'ai glissé mon bras sous le sien en le tenant fermement. J'ai chanté tout fort dans l'allée qui mène au poste de garde: Pomm-pom-po-pomm, pomm-pom-po-pomm! Elle redressa le dos, bomba le torse et retrouva un semblant de dignité égarée il y a longtemps dans les méandres de sa maladie. Depuis, tous les après-midi vers quinze heures, nous nous remarions madame Roberge et moi; elle avec son homme, moi avec mon métier. Nous chantons et grognons à tue-tête dans le corridor comme deux jeunes amoureux. Et je vous jure, je vous jure qu'à chaque fois, j'ai un peu l'impression d'être comme un livre de Jacques Poulin.»

Qu'est-ce que je vous disais? Vous l'avez bien ressenti le frisson, non? Les autres thèmes abordés dans ce deuxième recueil sont la rupture, l'art, la nature, les vieilles blessures dont il nous faut guérir, l'amour filial... À ce chapitre, j'ai trouvé particulièrement savoureuse l'idée du pot de peines. Vous connaissez? Il s'agit d'un truc transmis de génération en génération afin d'apaiser les angoisses de l'enfance.

Claude Vallières, auteur-compositeur-interprète et chanteur au sein du groupe La Bande Magnétik, nous livre ici douze tranches de vie écrites d'une plume sensible et élégante qu'on avait déjà appréciée dans «Les jours où je suis né», publié en 2005.

mardi 15 décembre 2009

Place au jazz

Le Festival International de Jazz de Montréal fête son 30e anniversaire et Les Arts de la scène de Montmagny se sont mis de la partie en invitant Coral Egan et John Pizzarelli à présenter ici même l'avant-dernière d'une tournée concoctée pour l'occasion.

Initiée toute jeune à la musique grâce à sa mère Karen Young, Coral Egan fait ses débuts au Festival de jazz à l'âge de 11 ans. On ne s'étonne plus dès lors qu'elle soit sur scène dans son élément. Pieds nus, décontractée, elle passe de la guitare au piano afin d'enchaîner les Time to clean up, Whenever, Down to the river et Breath d'une voix envoûtante qui ne craint aucunement la gymnastique vocale. Entre les pièces elle fait de l'humour et se révèle fort sympathique. Coral Egan était accompagnée samedi soir d'une claviériste enrhumée et d'un guitariste plutôt discret. On se demande bien ce qu'ils réussissent à accomplir au meilleur de leur forme, car l'harmonie vocale du trio méritait déjà une note plus qu'appréciable.

Après l'entracte apparaît un John Pizzarelli très classe, semblant sortir d'une autre époque - le New York des Frank Sinatra et Irving Berlin personnifié. Lui aussi nous fait rire, avouant candidement que ce qu'il a retenu de ses cours de français - à savoir «Où est Sylvie?» - ne s'est pas avéré d'une grande utilité pour sa carrière. Il fait quand même l'effort de s'adresser au public dans sa langue et on apprécie. Le John Pizzarelli Quartet comprend un percussionniste, un pianiste virtuose à qui il laisse beaucoup de place et son propre frère Martin, à la contrebasse.

Ils rendent hommage entre autres à Nat King Cole et Sinatra, dont on fête ce jour-là l'anniversaire de naissance. Les musiciens font beaucoup d'improvisation bien sûr, c'est propre au genre, mais une question demeure: qu'est-il donc advenu du Body & Soul qu'on nous avait annoncé, exceptionnellement? S'il s'agissait de la chanson de Joe Jackson on était déjà tout oreilles, mais elle est passée tellement vite qu'on ne l'a jamais entendue. En lieu et place on s'est retrouvé avec Here comes the sun et Can't buy me love, ce qui n'était tout de même pas à dédaigner.

Longuement applaudi, celui qui a reçu le prix Ella-Fitzgerald 2009 au Festival de jazz de Montréal clôturait la soirée en solo au deuxième rappel avec Merry Christmas.

mardi 8 décembre 2009

Toute une réussite

Ce titre est valable à plusieurs points de vue. Primo, le concert qu'on nous a présenté samedi soir à l'église Saint-Mathieu valait bien le déplacement. Secundo, les gens qui au cours des quarante dernières années ont gravité autour du Centre communautaire Normandie en ont fait un espace à caractère social nécessaire et convivial. Tertio, Mme Nathalie Samson et ses camarades contribuent à redorer le blason d'un quartier de la ville peut-être mal-aimé, assurément méconnu.

Sœur Lucienne St-Cyr et M. Claude Hamelin sont à l'origine d'un centre de services communautaires qui ouvre ses portes le 24 décembre 1969 sur ce que l'on nomme aujourd'hui le chemin St-Léon. Grâce à d'indéfectibles bénévoles et quelques employés qui ont à cœur de poursuivre cette heureuse initiative, le Centre communautaire Normandie fête ce mois-ci ses quarante ans de vie active. Quoi de mieux pour célébrer l'événement qu'un spectacle de variétés amenant chacun des participants à partager une passion commune: la musique.

Une panoplie d'artistes de la région, professionnels et amateurs confondus, ont répondu à l'invitation de Mme Samson. Leur cachet? La gratitude de la directrice qui a fait des pieds et des mains pour arriver à ses fins et l'accueil chaleureux de plus de 400 spectateurs. S'il y eut plusieurs prestations bien senties et rendues avec beaucoup de talent, je crois que le clou de la soirée revient au baryton Dominic Côté qui nous a offert un Minuit Chrétiens digne de ramener un païen à l'église en courant. Cela n'enlève rien aux autres interprètes (qu'on ne nommera pas ici faute d'espace) mais qui tous dans une même direction - ça vous rappelle quelque chose? - ont su marier leurs énergies afin que naisse un peu de magie. Nous ne ferons qu'une exception et ce sera pour souligner la présence de Legato, formé d'une douzaine de musiciens de tous les âges. Ce groupe est parrainé par le Centre communautaire Normandie et dirigé par Mme Samson, alors difficile de passer à côté. En plus ils sont bons.

Félicitations aux instigateurs de l'événement et longue vie à leur institution.

mercredi 2 décembre 2009

PARADIS CLEF EN MAIN

Nelly Arcan, roman, éditions Coups de tête, 216 pages

«La vie vaut toujours la peine d'être vécue, ne serait-ce que pour jurer contre elle. Ne serait-ce que pour être témoin, tête haute, de son insondable absurdité.» Déroutant, vous en conviendrez, de la part d'une femme qui s'est suicidée peu de temps après avoir écrit ces lignes.

Nelly Arcan s'est enlevé la vie le 24 septembre dernier alors qu'on publiait son quatrième roman, «Paradis clef en main». Difficile de faire mieux - ou pire - pour attirer l'attention du lecteur, mais ce n'était pas le but. On perçoit dans cette œuvre de fiction un désir de survivre au moins aussi intense que celui de mourir. J'emploie à dessein le verbe survivre, car il est clair que la madame hébergeait de sérieux démons avec lesquels chaque jour elle devait se battre. Quel dommage, vraiment, car il s'agissait d'une jeune femme intelligente et douée, faisant preuve d'une lucidité implacable. S'il vous vient des envies après la lecture de Paradis clef en main, ce sera de découvrir ses précédents écrits et non de mettre fin à vos jours.

On y raconte l'histoire d'Antoinette Beauchamp, entrée en contact avec un organisme censé aider les désespérés à abréger leurs souffrances, qu'elles soient physiques ou morales. Après avoir franchi toutes les épreuves jugées nécessaires, Toinette est enfin prête à faire le grand saut. Son initiative s'avère toutefois un échec lamentable et plutôt que de se retrouver assise sur un nuage, la voilà paraplégique et confinée à un lit qu'elle ne quittera plus durant deux longues années. Elle emploiera ce temps à déverser quotidiennement son trop-plein d'amertume et de hargne sur sa mère, seul lien entre elle et le monde des vivants. Le cynisme est son armure, la vodka son évasion, mais viendra un temps où notre grabataire devra envisager de nouvelles solutions.

Sombre? Évidemment. Tordu? Par moments. Dur? Cru? Oh que oui. Mais ce que je retiens essentiellement du message de Nelly Arcan est la ligne très nette qu'elle trace entre ceux qui passent à l'acte à la suite d'un événement tragique - qu'on peut associer à un état dépressif circonstanciel - et les autres, sans doute une minorité, marqués dès leur naissance par comment dire... une espèce de défaut de fabrication. C'est du moins ce qu'elle tente d'exprimer en parlant de la mission que s'est donnée M. Paradis: «Il a compris que la vie, dans certains cas, était une maladie à soigner. Cette maladie, c'est l'énergie, la volonté, la foi. Ou plutôt, c'est leur défaut. C'est une absence primordiale de ce qu'il faut pour vivre, pour vouloir vivre, un défaut de force vitale antérieur à l'expérience de la vie, permanent, intolérable. Sans cette énergie, le monde n'a aucun sens.»

Peut-être trouvera-t-on un jour le remède à ce mal-être qui vient faucher nombre de vies bien avant l'heure. Pour Nelly Arcan, il est malheureusement trop tard.

Le prêt est une gracieuseté de Livres en tête.

mardi 24 novembre 2009

LE VOYAGE D’HIVER

Amélie Nothomb, roman, Albin Michel, 133 pages

Mesdames et Messieurs, veuillez attacher vos ceintures. Amélie Nothomb vous convie à un vol plané où l’amour et la démesure se disputent les meilleures places.

Puisque nous voici dans les hauteurs, profitons-en pour saluer le travail d’écrivaines jetant un regard bien à elles – éclairé et essentiel - sur la société contemporaine. Tout là-haut au sommet de ma liste, Amélie Nothomb joue de la plume aux côtés des Monique Proulx, Nancy Huston et Anna Gavalda, pour ne nommer que celles-là. Sans doute leur est-il plus aisé d’exprimer leur point de vue que leurs camarades réalisatrices, elles qui peinent tant à obtenir les fonds nécessaires à la diffusion de leurs oeuvres. Faudrait leur poser la question en compagnie, tiens, de Micheline Lanctôt ou encore Marquise Lepage* mais, pour l’instant, revenons à nos moutons.

Zoïle, Astrolabe et Aliénor (mais où va-t-elle donc pêcher ces noms à coucher dehors!) forment un triangle qui conduira Zoïle, amoureux transi, à détourner un Boeing 747 par pur désespoir. C’est que la dame de ses pensées a très peu de temps à lui consacrer, occupée qu’elle est à prendre soin de la neuneu qui lui tient lieu de colocataire. Cette dernière ne fait qu’empoisonner la vie de notre pirate de l’air amateur qui, prend-il bien soin de le préciser, n’a pourtant rien d’un terroriste. «Ma logique est celle-ci: Astrolabe est de très loin ce que j’ai rencontré de mieux sur cette planète. Elle n’a pas des qualités, elle est la qualité. Et cela ne l’a pas empêchée de me traiter avec une cruauté castratrice. Donc, si même le fleuron de l’humanité ne vaut pas mieux que cela, liquidons l’affaire.»

Écriture raffinée, ironie, humour et une érudition à faire pâlir d’envie n’importe quel rat de bibliothèque font d’Amélie Nothomb ce qu’elle est: celle dont on attend chaque année les quelques pages qui nous mèneront dans son imaginaire - complètement délirant la plupart du temps. D’accord, Le voyage d’hiver n’est pas l’histoire la plus palpitante qu’elle ait jamais écrite, mais les qualités énumérées ci-dessus demeurent.

* «Si nos films ne se font pas, c’est tout un pan du monde qui n’est pas représenté, avec nos thèmes, nos particularités, nos corps, nos sensibilités.» - Marquise Lepage, Gazette des femmes sept.-oct. 2009

Le prêt est une gracieuseté de Livres en tête.

mardi 17 novembre 2009

Bienvenue au royaume des Roms

Présentement en tournée au Québec, huit musiciens époustouflants nous ont offert vendredi soir un voyage en «Tsiganie» qui, sincèrement, valait le détour.

Dans La Corrida, Jean Cocteau disait des Gitans: «Ce peuple mystérieux qui semble cracher des fleurs de feu et trépigner pour les éteindre.» Le mystère et les flammes devaient attirer Dimitri puisque, tout jeune, il s'enfuit de chez lui pour suivre un groupe de Romanichels. Quelque part en Bosnie, Dimitri sauve de la noyade un de leurs enfants et se voit offrir un ours en signe de reconnaissance. Le nomade de cœur sinon de naissance devient alors dompteur et fonde des années plus tard Urs Karpatz. Voilà pour la petite histoire et l'origine du nom de ces Ours des Carpathes. Ce même Dimitri vous livre en français le sens des chants interprétés en romanès, langue des Tsiganes.

Il y est question de saisons, de beauté, d'espérance, de mal-être. Ici j'aime bien cette image du serpent à l'intérieur de soi que l'on extrait par le chant et la danse. Si la langue, les instruments et les sonorités diffèrent, tout folklore explore en soi des thèmes similaires. Mes Aïeux recréent sensiblement la même atmosphère et cette chanson intitulée «J'ai parcouru la terre avec mes semelles usées» ne vous rappelle-t-elle pas quelque chose? Si Urs Karpatz vient autant vous chercher - ce fut le cas - on le doit à l'exotisme, à la virtuosité des musiciens qui chacun son tour prend le devant de la scène, au mariage des voix, superbes, et enfin au charisme que dégagent ces singuliers troubadours. Quant à leur musique, elle se fait tantôt mélancolique, tantôt pleine d'entrain. Outre leurs propres compositions et des pièces d'origine roumaine, bulgare, ukrainienne... ils interprètent des danses hongroises de Johannes Brahms, compositeur qui aurait eu une grande influence sur leur art.

On nous a donné la permission à l'entracte d'aller examiner de plus près cet étrange instrument trônant au milieu de la scène appelé cymballum, ou piano tsigane. Heureuse initiative, car plusieurs étaient fort intrigués.

Dimitri et sa bande font la preuve qu'ils savent apprivoiser autre chose qu'un ursidé. L'enthousiasme soulevé dans la salle était indéniable et l'on n'a pas été avare sur les rappels. Le premier d'entre eux fut, textuellement, «Bonsoir à tous et faites de beaux rêves». Des rêves permettant, par exemple, de poursuivre ce périple d'Europe centrale jusqu'au nord de l'Inde, en passant par les Balkans.

mardi 10 novembre 2009

Le jeu de l'ange

Carlos Ruiz Zafon, roman, Éditions Robert Laffont, 537 pages
J'avais adoré L'Ombre du vent, œuvre brillante et originale ayant remporté le Prix du meilleur livre étranger - roman 2004 et s'étant vendue à dix millions d'exemplaires dans le monde. Je nourrissais donc de grandes espérances (merci Dickens) face à cette nouvelle création de l'écrivain catalan. Eh bien tant pis, ce sera pour une autre fois.

Si Le jeu de l'ange n'est pas un mauvais roman, il n'est décidément pas à la hauteur de L'Ombre du vent. On est pourtant ravi d'y retrouver sensiblement la même atmosphère: la Barcelone du début du 20e siècle, le Cimetière des livres oubliés, l'aura de mystère... On est même très intéressé - à prime abord - par les tribulations de David, une carrière qui s'amorce et quelques perles de l'auteur: «L'homme au journal m'observait d'un air amusé, avec cette lucidité que seuls manifestent par moments certains cerveaux dérangés.» Malheureusement ça se gâte après une centaine de pages - l'intérêt s'émousse, on fait du surplace.

En gros, un jeune écrivain gaspillant son talent au profit d'éditeurs véreux se voit offrir un contrat plus que lucratif par une espèce de Lucifer à cravate sorti d'on ne sait où. Le trouble personnage exige de sa part LE livre qui n'a pas encore été écrit, sorte de nouvelle Bible universelle qui aurait un impact crucial sur tous les humains peuplant cette planète en perdition. «Ce que je veux de vous, c'est que vous trouviez une manière intelligente et séduisante de répondre aux questions que nous nous posons tous, et que vous le fassiez à partir de votre propre lecture de l'âme humaine, en mettant en pratique votre art et votre métier. Je veux que vous apportiez un récit qui réveille l'âme.

- Rien de plus...

- Et rien de moins.»

Bien que méfiant, David acceptera ce contrat qu'il signera de son sang puisque de toute façon il n'a plus rien à perdre, ses jours étant comptés. «Je ne peux pas mourir encore, docteur. Pas tout de suite. J'ai des choses à faire. Après, j'aurai toute la vie pour mourir.»

Voilà donc notre macchabée en sursis s'attelant à une tâche qui s'avérera un véritable guêpier où tomberont comme des mouches tous ceux qui l'entourent. Se transformant au fil des pages en justicier-enquêteur, David lui-même échappera à la mort de justesse à maintes reprises, tel un Road Runner version espagnole.

«Il n'est rien, sur le chemin de la vie, que nous ne sachions déjà avant de nous y être engagés. On n'apprend rien d'important dans l'existence, on ne fait que se souvenir.» Pour avoir semé pareil désastre sur son passage, David Martin aura de toute évidence un ou deux souvenirs qui lui auront fait défaut.

Le prêt est une gracieuseté de Livres en tête.

mardi 3 novembre 2009

Une escale à Kingsey Falls

Nora Atalla, roman, Les Éditions GID, 115 pages

La nouvelle est un genre littéraire que j'apprécie tout particulièrement. Un auteur maîtrisant ses éléments - concision, rythme, sens de la chute - peut en tirer de petites merveilles.

Nora Atalla possède ce talent et l'exploite, pour notre plus grand plaisir, dans Une escale à Kingsey Falls. Son séjour de trois ans dans la région des Bois-Francs lui aura inspiré une suite de courts récits, sorte de chronique des faits et personnages qui auraient marqué ce petit village (du moins dans l'imaginaire de l'auteure).

On voit l'endroit comme un asile où auraient trouvé refuge des immigrants ayant fui l'horreur pour se refaire une santé en terre plus clémente. Si Félix Van der Vooten, Fédor Isanbaumgartner et Fang Ying Kim ont des plaies à panser, ils ne sont pas les seuls. Les gens de la place doivent eux aussi faire face aux grandes et petites misères qui composent leur quotidien. Heureusement que la jeune Emma veille au grain! «Aujourd'hui, Aurélie Boisjoly revêtit ses plus beaux atours pour se rendre à la messe de Pâques. Devant le lutrin, elle s'adressera aux ouailles de Saint-Aimé et leur offrira en témoignage ses lendemains de désolation, ses frayeurs sans nom, son incurable solitude, l'immensité de son désespoir. Aurélie Boisjoly leur parlera aussi d'une petite fille et de sa carte de l'espoir qui la fit renaître de ses cendres; de la main tendue d'Amélie Favreau; de l'auberge qu'elles ont achetée ensemble; d'Ophélia qui grandira entre elles. Oui, Aurélie Boisjoly leur racontera sa résurrection».

Vous aurez vite fait de passer à travers les vingt-deux chapitres au cours desquels les destins d'Amélie, Florence, Emma et tous ces autres personnages attachants se croisent et parfois s'unissent afin d'affronter l'adversité. Aurélie et Jonathan Robert en sont un parfait exemple: «J'ai cinquante-huit ans, j'ai une maladie incurable, et je suis une morte en sursis. (...) J'ai cinquante-cinq ans, je suis un amoureux incurable, et tout le monde meurt un jour ou l'autre.»

Lauréate de l'Apollon d'Or 2008 de Poésie vivante, Nora Atalla remportait en 2007 cinq prix littéraires dont le Premier prix du Libraire (nouvelle) et le Premier prix du Rêve (conte) de Regards.

mardi 27 octobre 2009

Trois siècles en deux heures

On sait déjà que la ville de Montréal portait à l'origine le nom d'Hochelaga, lac des castors en langue iroquoise. Ce qui est peut-être moins connu est le fait que le trio qui porte son nom a su, grâce à son élégance et sa virtuosité, se tailler une réputation enviable sur la scène internationale.

«De Haydn à Martinu, trois siècles de trios». Ainsi s'intitulait le concert présenté dimanche après-midi en formule cabaret à la salle Edwin-Bélanger. Considéré comme l'un des meilleurs ensembles de musique de chambre au pays, le Trio Hochelaga nous conviait à la découverte.

Figuraient au programme: Trio en mi bémol majeur, Hoboken XV :30 de Haydn, Trio en do mineur, opus 66 de Mendelssohn, Deuxième Trio H. 327 de Bohuslav Martinu et enfin le Trio en ré mineur, opus 32 d'Anton Arensky. Personnellement je ne connaissais pas ces œuvres et je ne crois pas errer en affirmant que je n'étais pas seule dans ce cas, mais voilà justement le mandat que s'est donné le trio: se consacrer à la diffusion du répertoire de musique de chambre, en faire découvrir les richesses méconnues à un plus large public.

En novembre 2008, Danielle Ouellet rapportait dans la Scena Musicale cette réflexion d'Anne Robert: «Je sais que cette forme durera toujours parce qu'elle élève l'âme et que nous en avons tous besoin. Les œuvres de musique de chambre permettent aux interprètes d'atteindre des niveaux de jeu exceptionnels». Les membres du Trio Hochelaga n'éprouvent aucune difficulté à en faire la démonstration, particulièrement dans la dernière œuvre, celle d'Arensky où le superbe dialogue entre la violoniste et le violoncelliste, la complicité palpable des musiciens, la douceur qui succède à l'intensité et la fougue réussissent à envoûter même le profane. On nous offre une ouverture sur le monde, profitons-en pour élever notre âme...

mardi 20 octobre 2009

Trêve de bondieuseries

Dans les deux romans qui suivent, publiés aux éditions Carte blanche, Jean Di Tomaso déboulonne nombre de mythes issus du catholicisme. Un saut en arrière de quelques décennies suffit pour mesurer leur impact sur la vie des gens à l'époque.

La messe est finie

Ce texte, parsemé de faits liés à l'histoire religieuse au fil des siècles, débute à Saint-Jean-Port-Joli pour se terminer à Chicoutimi.

On conçoit qu'un prêtre à la veille de défroquer puisse vivre un conflit intérieur d'une grande intensité. On s'attend à un débat de conscience chez cet homme divisé entre l'amour du Divin et celui d'une femme - toute divine soit-elle - mais que de questions, que de questions! Elles déferlent en rafales sur le lecteur qui en perd son latin... et le fil de l'histoire. S'agit-il d'un roman ou d'un réquisitoire? «On nous a répété à tout propos qu'il n'y a qu'une seule et vraie religion. Y a-t-il un salut possible hors du catholicisme? Preuves à l'appui, des scientifiques soutiennent que les humains existent sur terre depuis deux ou trois millions d'années au moins; le christianisme, depuis deux mille ans. Pourquoi Dieu a-t-il attendu tout ce temps? Que fait-on de la majorité de l'humanité qui n'est pas baptisée ou de ceux qui ont eu le malheur de naître avant le maître Jésus?»

Quelqu'un a-t-il une réponse?

Si Dieu le veut

Dans ce roman publié en 2008, nous nous retrouvons à Montréal quelque part au milieu des années soixante. C'est du moins ce que l'auteur laisse entendre.

Abus d'autorité dans la smala, pudibonderies et autres bondieuseries feront en sorte qu'Antonina Castelli et Franco Floriano ne connaîtront jamais un bonheur pourtant prometteur. Ici l'auteur s'offre mille et une incursions dans la tête de protagonistes qui, au lieu de poser des gestes concrets, passent la majeure partie de leur temps à se triturer les méninges. Quel fiasco inutile que leurs vies gâchées; on aurait presque envie d'intervenir en leur disant de profiter de l'existence pendant qu'il en est encore temps.

D'origine italienne, M. Jean Di Tomaso est né à Montréal où il a étudié la rédaction, la littérature française et l'art dramatique avant de travailler à titre de rédacteur en chef de TV Hebdo durant plusieurs années.

mercredi 14 octobre 2009

Impeccable

Au moment même où Guy Laliberté dirigeait du haut de l'espace un spectacle semble-t-il grandiose, près de 4 000 fans planaient eux aussi dans les hautes sphères en accueillant leurs idoles à Montmagny.

Des gens de l'Ontario, de New York et des quatre coins de la Belle Province s'étaient donné rendez-vous à Montmagny vendredi dernier afin d'accueillir comme il se doit de jeunes Québécois connaissant un succès fou à l'échelle planétaire. Une dizaine d'entre eux auraient même couché à la belle étoile la veille dans le but de s'assurer les meilleures places. Parmi ces derniers, une jeune fille a été invitée à monter sur scène afin d'être prise en photo avec les gars de Simple Plan. Si quelques autres fidèles se sont présentés en matinée sous la pluie, le gros des troupes serait arrivé sur les lieux en fin d'après-midi.

En première partie, les membres de The New Cities ont été très chaleureusement accueillis. Grâce à leur «synth-pop» accrocheuse, ils ont su réchauffer la salle avec une prestation d'environ 45 minutes. Le party était pris, Simple Plan n'avait plus qu'à se pointer et cueillir une foule enthousiaste. Ils ne l'ont pas déçue, lui offrant sur un plateau une performance enlevante combinant les succès de leurs trois premiers albums et quelques surprises glissées au passage. De Jump à Crazy en passant par I'm just a kid, Welcome to my life et Perfect venue en rappel, leurs admirateurs en ont eu pour leur argent. On ne pouvait rien manquer, deux écrans géants ayant été disposés de chaque côté de la scène.

Déroulement impeccable

Chapeau aux gens des Arts de la scène et du Festival de l'Oie Blanche. Un événement d'une telle ampleur exigeait une organisation solide et rien n'avait été laissé au hasard. En bout de ligne tout le monde a été ravi et au dire de Jean Marois, président du festival, le seul et unique fait à déplorer serait celui-ci: ceux qui n'étaient pas au rendez-vous ont manqué un sacré bon show...

mardi 6 octobre 2009

Rencontre improbable entre deux univers

Il faut de tout pour faire un monde et la pièce d'Alexis Martin offre un condensé d'éléments disparates dont l'interaction donne lieu à des situations pour le moins loufoques.

Alors que Guylaine (Émilie Bibeau) attend avec anxiété l'arrivée de son amoureux, elle a la désagréable surprise de voir débarquer inopinément son frère Bob. Ce dernier, qui fricote avec la petite pègre, est dans le pétrin jusqu'au cou. Guylaine réussit tant bien que mal à s'en débarrasser avant que ne se pointe son petit ami, brillant universitaire nanti «d'une mémoire» sur la mort de Dieu qui éveillera peu d'échos chez sa compagne, celle-ci mettant toutes ses énergies à surveiller son langage afin de se montrer à la hauteur. Cette situation cocasse prend abruptement fin lorsque le couple découvre un Bob ensanglanté gisant dans la cour.

L'heure est grave, Gilles doit de toute urgence aller porter au grand boss une missive donnant le nom de deux rivaux à abattre. Quelqu'un doit y passer - ces gars-là, ou bien Bob et Matroni - mais notre philosophe porteur de principes à toute épreuve fera bien des manières avant d'apporter son concours à une entreprise qu'il juge immorale.

L'essence de la pièce se retrouve dans le dialogue de sourds auquel se livrent Gilles (François Létourneau) et Matroni (Pierre Lebeau). L'un joue son rôle d'intellectuel naïf à la perfection, l'autre - le Méo des Boys - est expressif à souhait.

On n'est pas à court de surprises, le dernier tableau nous apportant l'arrivée - et la brutale sortie - du père de Gilles. Cet avocat désabusé utilisera d'une main de maître verbe, ironie et gin tonic afin d'amener son fils à sauver sa peau et peut-être regarder la vie d'un autre œil, le sien.

Matroni et moi, créée il y a quinze ans par Alexis Martin, a été adaptée au cinéma en 1999. Bien que les personnages poussent la caricature à l'extrême, on apprécie l'efficacité avec laquelle ils rendent un texte rempli d'humour, de sensibilité et de questions d'ordre philosophique incitant chacun à considérer sa propre conception de la moralité.

mardi 29 septembre 2009

Mégashow en ville

Les gars de Simple Plan et leurs fans s'apprêtent à envahir l'aréna le vendredi 9 octobre. Magnymontois soyez prêts, l'espace de quelques heures la population va grimper et la moyenne d'âge diminuer de façon inversement proportionnelle.
De toute évidence, on a affaire à des pros qui ont gardé les pieds bien ancrés sur terre malgré un succès planétaire. C'est du moins la première conclusion que je tire de mon entrevue avec le guitariste Sébastien Lefebvre.
Ils ont sillonné le globe, ont été chaleureusement accueillis à Tel-Aviv, Moscou, Hong Kong, au Brésil, en Norvège, en Australie... et s'apprêtent à débarquer à Montmagny, promettant à leurs compatriotes un show à la hauteur de leurs attentes. S'ils ont vécu à l'étranger des expériences inoubliables, le fait de se produire chez eux leur permet de parler leur langue maternelle et d'être plus spontanés. Le spectacle du 9 octobre sera pour eux le dernier de l'année, puisqu'ils se consacreront ensuite à l'écriture d'un 4e album.
Quand on leur demande la clé de leur succès, la réponse est toute simple: beaucoup, beaucoup de travail. Bien qu'ils aient vendu quelque sept millions d'albums à travers le monde, ils ne sont pas du genre à s'asseoir sur leurs lauriers. Ces cinq amis de longue date - ils se connaissent depuis l'époque du secondaire - ont développé une solide complicité et poursuivent le même objectif, soit de continuer aussi longtemps que possible à pratiquer un métier qui les passionne.
Fondation Simple Plan
Par le biais de la Fondation créée il y a quatre ans, on a remis 100 000$ en 2008 à 15 organismes dont le but est de venir en aide aux ados et jeunes adultes vivant des situations difficiles: troubles sociaux, maladie, problèmes de drogue... Cette année, on parle de quelque 170 000$ consacrés à la cause.
The New Cities
Un autre groupe qui fait beaucoup parler de lui en ce moment au Québec assurera la première partie du spectacle. The New Cities, originaire de Trois-Rivières, offre dit-on des concerts électrisants reconnus par l'industrie locale.
Après les deux prestations, un DJ se chargera de faire bouger les fans gonflés à bloc qui auront encore de l'énergie à dépenser. Tant qu'à organiser un gros party, ne faisons pas les choses à moitié! Moins de dix jours avant la tenue de l'événement on nous informe que, sur une possibilité de 4 000 billets, il en resterait moins de 1 000 pour ce que l'on peut déjà considérer comme étant le plus gros show jamais produit dans la capitale de l'oie blanche.
Du point de vue du diffuseur
Christian Noël ne le cache pas, il lui aura fallu faire preuve d'audace et d'inconscience (ce sont ses propres termes) afin de mener à bien une telle entreprise. Ce mégashow présenté en exclusivité à Montmagny lui aura demandé plusieurs semaines de travail. Lorsque, il y a quatre ans, l'organisme Les Arts de la scène a pris en charge la programmation musicale du Festival de l'Oie Blanche, son directeur général songeait déjà à y présenter un spectacle d'envergure. Les administrateurs du festival souhaitaient du changement? Eh bien ils ont été servis... et surpris puisque Christian ne leur a soumis le projet qu'une fois passablement avancé dans ses démarches. Qu'à cela ne tienne, le président Jean Marois et son équipe ont accepté l'idée avec ce qu'elle comportait de risque et de difficultés techniques. L'administration municipale a aussi embarqué et c'est tant mieux puisqu'il s'agit, question logistique, d'un gros défi à relever.
Vision à long terme
À 35$ du billet, personne ne s'attend à faire de profits mirobolants. Ce n'est pas le but recherché. Ce que Les Arts de la scène et Le Festival de l'Oie Blanche souhaitent, en fait, est de rendre un spectacle de haut calibre accessible à des jeunes qui garderont un souvenir impérissable de cette soirée et souhaiteront renouveler l'expérience.

mardi 22 septembre 2009

Tout simplement charmant

Après une absence de plusieurs années, Yvon Éthier alias Patrick Norman se dit heureux mais nerveux (on ne le croirait pas) de remonter sur scène à l'occasion d'une tournée amorcée tout récemment.
C'est avec la chanson titre de son album «Comment le dire», paru en 2007, que Patrick Norman débute devant une salle comble un spectacle tout en douceur qui ravira les Magnymontois. Accompagné d'un talentueux complice en la personne de Jean-Guy Grenier (voix, guitare et «pedal steel»), celui que l'on voit évoluer sur la scène musicale québécoise depuis plus de quatre décennies interprète succès et nouvelles pièces - il en a de très belles - pour un public qui évidemment s'empresse de chanter et exprimer son enthousiasme dès les premières notes de ses chansons phares. «Quand on est en amour», «L'hirondelle» et «Elle s'en va» font bien sûr partie de ces dernières. N'allons pas oublier «Mon cœur est à toi», qu'il présente en 1973 à l'émission Jeunesse de Jacques Salvail le jour de la Saint-Valentin (première position au palmarès) et «La guitare de Jérémie», superbe pièce écrite à son intention par Michel Rivard.
Il est aisé de décrire l'appréciation des spectateurs, puisque les mêmes vocables reviennent sans cesse à l'entracte et à la sortie: excellent guitariste sachant tirer de son instrument des harmonies d'une grande beauté - timbre de velours - extrêmement sympathique - drôle - textes d'une sensibilité remarquable. Je suis tout à fait d'accord. Que l'on soit familier ou non avec son répertoire, le verdict demeure le même.
Patrick Norman circule dans les allées, échange quelques poignées de mains, se montre assez délicat et attentionné pour se laisser prendre en photo et, après avoir chanté en rappel «Crois en l'amour», il s'empresse d'aller rejoindre ses fans qui l'attendent à l'entrée de l'auditorium. Charmant vous disais-je, tout simplement charmant.

mardi 15 septembre 2009

On se souvient!

Le dimanche 13 septembre, soit 250 ans jour pour jour après la défaite des nôtres aux mains des Anglais sur les Plaines d'Abraham, la Société d'histoire de Montmagny, de concert avec les membres du Comité consultatif de la culture, présentait deux activités d'envergure visant à commémorer les tristes événements entourant la Conquête et l'incendie de la Côte-du-Sud.
Près de 200 personnes assistaient, à la Salle Le Bûcheron, à un déjeuner-conférence au cours duquel deux historiens émérites ont retracé les grandes lignes de la vie que menaient les Canadiens français avant, pendant et après la conquête.
La colonie en danger
Pas facile, la vie au 18e siècle! Malgré l'épidémie de variole de 1734, les disettes et les hivers rigoureux, la Côte-du-Sud et ses terres fertiles deviennent, sous l'ordre de l'intendant, un grenier pour la colonie. On en veut pour preuve ces faits rapportés par Yves Hébert: «À l'hiver 1743, 5032 minots de farine transportés par traîneaux partent de la région pour Québec. En vidant les paroisses de leurs surplus, l'administration met en péril la survie des plus pauvres».
Une sale guerre
M. Gaston Deschênes prend ensuite la parole afin de relater comment s'est déroulée la conquête sur notre territoire. De Kamouraska à Beaumont, les troupes de Wolfe (Rangers et Highlanders) pillent et incendient les villages. L'un de ses propres lieutenants, dégoûté, aurait qualifié cette entreprise de «la plus sale des guerres». M. Deschênes souligne le fait que Wolfe aurait prié les habitants de ne pas se mêler du conflit opposant Anglais et Français, mais nos valeureux ancêtres étaient bien résolus à se battre pour sauvegarder ce qu'ils avaient acquis à la sueur de leur front.
Pâtira, pâtira pas?
Lors de la période de questions qui suivit la conférence, on a demandé des éclaircissements concernant le Pâtira où femmes, enfants et vieillards auraient trouvé refuge alors que les troupes anglaises incendiaient la Côte-du-Sud. M. Hébert a alors précisé qu'il s'agissait-là d'une tradition orale, malheureusement non archivée mais vérifiable auprès de sources sûres. Si vous désirez en savoir plus sur le sujet, je vous invite à lire le roman historique de M. Joseph-Pierre Barcelo intitulé «Les réfugiés du Pâtira».
L'Homme-Croix
Après la conférence, les gens se sont rendus près du cimetière où l'on a dévoilé un monument dédié à Jean-Baptiste Couillard, Joseph Couillard, René-Louis d'Amours de Courberon et Paul Côté ayant, ironie du sort, survécu à la bataille des Plaines pour tomber le lendemain dans une embuscade mettant fin à leurs jours alors qu'ils rentraient à la maison. L'œuvre de Mme Lucie Garant a été choisie parmi les douze projets présentés puisqu'elle s'est distinguée, comme l'a fait remarquer Mme Henriette Corriveau, par son «interprétation de la thématique et sa force évocatrice».
Assistaient à la conférence et au dévoilement de l'Homme-Croix des descendants de René-Louis d'Amours de Courberon, certains étant venus d'aussi loin que le Wisconsin et le Nouveau-Mexique afin d'honorer la mémoire de leur ancêtre.